Un stage au Service Historique de la Défense

Le compte-rendu d’un stage de recherches au Service Historique de la Défense effectué dans le cadre du Master LCCC. Objectifs : constitution d’un dossier de bibliométrie et traductions partielles d’ouvrages en latin.

J’ai passé trois semaines au Service Historique de la Défense de Brest. Durant cette période j’ai traité un fonds de livres en latin datant du XVIe au XIXe siècles. Le travail de bibliométrie a inclus l’analyse et la traduction de la page de titre de chaque ouvrage, ainsi que des recherches visant à établir une biographie sommaire des auteurs et estimer la rareté de chaque ouvrage.

Le S.H.D., portail de la connaissance

Le Service Historique de la Défense de Brest (S.H.D.) est l’une de cinq divisions portuaires du Service Historique de la Défense, un organisme gouvernemental qui a pour mission de collecter, classer, conserver et valoriser les archives des armées de Terre, de l’Air, la Marine ainsi que la Gendarmerie nationale. Chaque armée avait son propre service historique distinct des autres jusqu’à 2005, quand le service à compétence nationale a été créé.
Situé dans l’immeuble Surcouf au 4, rue du commandant Malbert à Brest, le S.H.D. de Brest se concentre principalement sur les archives produites par les services de la région maritime Atlantique, les forces navales et aéronavales, et les bâtiments implantés sur le périmètre de la région maritime Atlantique. Il présente une capacité de 14km linéaires, répartis en 11 magasins d’archives et 2 magasins de bibliothèque, et compte deux chambres fortes. Au 31 décembre 2018, un espace correspondant à 12.499km linéaires était occupé.
Le S.H.D. de Brest est un service ouvert au public et entièrement gratuit. La salle de lecture peut accueillir jusqu’à 25 personnes à la fois, et le nombre de lecteurs inscrits est de 432. En 2018, 9630 articles ont été communiqués au public et 836 recherches ont été effectuées, dont 658 pour le bénéfice d’usagers.
Le S.H.D. de Brest accueille également des expositions, comme notamment une exposition d’atlas d’expéditions maritimes et scientifiques conservés dans le fonds de l’Académie Royale de Marine, de juin à octobre 2019.

La salle de lecture du <span class="caps">S.H.D.</span> de Brest. Image via wiki-brest.net
La salle de lecture du S.H.D. de Brest. Image via wiki-brest.net

La bibliothèque

Le S.H.D. de Brest se divise en deux services : les Archives et les Bibliothèques. J’ai effectué mon stage au sein du service Bibliothèque, qui compte deux magasins et plusieurs fonds distincts. Les magasins se répartissent selon leur ancienneté, avec tous les documents datant d’avant 1950 dans le magasin ancien, et tout les documents datant d’après 1950 dans le magasin récent.
Le Service Bibliothèque est né en 1752 avec la fondation de l’Académie de Marine par une dizaine d’officiers de Marine qui avaient l’ambition d’aider à la modernisation de la marine française. L’organisme bénéficia rapidement de crédits royaux permettant l’acquisition de nombreux ouvrages dans le but de constituer une bibliothèque riche et variée, où les ouvrages de référence de l’époque seraient mis à disposition des officiers de Marine.
Cette bibliothèque a été léguée au S.H.D. moderne et constitue le fonds documentaire le plus conséquent en terme de volume, car il regroupe 30000 ouvrages dont les plus anciens datent de la fin du XVe siècle. La plupart abordent des sujets comme la marine et la mer, mais on y trouve également des ouvrages de théologie, de philosophie, de sciences naturelles, de mathématiques, d’astronomie, d’architecture, de littérature, de géographie, d’histoire, de sciences physiques, chimiques et médicales.
Le Service Bibliothèque concentre également plusieurs milliers de pièces manuscrites concernant l’histoire maritime et régionale entre le XVIIe et le XIXe siècle, ainsi que des publications périodiques depuis le XVIIe siècle.

Le fonds d’étude

Le fonds ancien de l’Hôpital d’Instruction des Armées (H.I.A.) a été transféré au S.H.D. de Brest le 5 juin 2018, suite à une demande du chargé du patrimoine, le Médecin chef des services hors-classe Serge Perchoc. Ce fonds est né en 1798 avec la création de la bibliothèque de l’École de médecine navale de Brest. En 1802, le préfet maritime Caffarelli l’augmente de 800 ouvrages spéciaux provenant de la bibliothèque du port, et le fonds croît ensuite jusqu’à contenir 20000 volumes et 70 manuscrits. Une partie de ces volumes rejoint le fonds de l’Académie de Marine, si bien que le fonds H.I.A. actuel comprend 2248 ouvrages.
Les livres datent du XVIe au XIXe siècle et portent sur une variété de sujets dont le principal est la médecine. Disposé en vitrines, ce fonds documentaire n’était pas exploité par le H.I.A. et pour cette raison, un accord de transfert a été conclu entre le S.H.D. et le H.I.A.
L’inventaire a été opéré sur deux ans par Mme. Sarah Yvon, bibliothécaire assistante spécialisée de classe supérieure et responsable des collections de la bibliothèque du S.H.D., dans la salle Clermont-Tonnerre à l’H.I.A.
À la fin de l’inventaire, le fonds a été transféré au S.H.D. où il est disposé dans le magasin ancien du Service Bibliothèque selon l’organisation des vitrines originelles.
Ainsi, le fonds contient 2248 ouvrages, correspondant à une volumétrie de 83 mètres linéaires. 654 auteurs sont identifiés et un certain nombre est anonyme. 59 ouvrages sont absents des collections de la BNF, 10 sont manuscrits, 3 datent du XVIe siècle et 22 datent du XVIIe siècle. 59 sont en latin.
Ces derniers ouvrages ont fait l’objet de ce stage.

Le port de Brest. Photo personnelle.
Le port de Brest. Photo personnelle.

La mission

La mission que l’on me confiait consistait à traiter de manière systématique le fonds d’ouvrages en latin de l’Hôpital d’Instruction des Armées. A mon arrivée au S.H.D. de Brest, on m’a confié les deux comptes-rendus d’inventaire établis par Sarah Yvon, dont l’un est alphabétique et l’autre ordonné par vitrine. J’ai également eu accès à un document constitué par une autre stagiaire, l’inventaire des ouvrages particuliers. Dans celui-ci se trouvait l’inventaire des ouvrages en latin, qui a constitué le support principal de mon stage. Le travail s’est déroulé pour chaque ouvrage en quatre étapes, et a eu pour but la constitution d’un dossier de bibliométrie auquel il sera possible de se référer lors de la préparation de l’exposition qui aura lieu sur le fonds latin du H.I.A.à l’hiver 2019.

Ma première tâche a été de repérer les ouvrages dans le magasin au moyen de cet inventaire. Après la découverte du Service et la présentation des objectifs du stage, je suis donc allée dans le magasin ancien et j’ai entrepris de trouver chaque ouvrage et d’indiquer sa place sur le rayonnage au moyen d’un post-it.
Ma deuxième tâche a été de sortir chaque livre du magasin pour pouvoir l’étudier au bureau qui m’avait été réservé dans le secrétariat. Je commençais mon travail en recopiant la page de titre, souvent assez conséquente suivant les modes de l’époque, puis je feuilletais le livre à la recherche d’éléments qui attirait mon regard et mon intérêt. On ne m’a pas donné de critères d’évaluation, et j’étais entièrement libre de choisir et de répertorier ce qui me paraissait pertinent.
Après cet examen, ma troisième tâche consistait à aller en salle de lecture pour effectuer des recherches sur internet. Les recherches sur chaque ouvrage étaient spécifiques et avaient été prédéfinies avec Sarah Yvon lors de l’établissement de ma feuille de route. D’abord, je devais tenter d’établir une biographie de l’auteur.
Je devais vérifier la présence des ouvrages dans les catalogues de la Bibliothèque Nationale Française (B.N.F.) et du Catalogue Collectif de France (C.C.F.R.), qui recense toutes les collections françaises. La recherche sur le site de la B.N.F. me permettait de vérifier si l’ouvrage avait été traduit en français ou non, et ainsi, s’il pouvait être proposé aux collégiens et lycéens dans le cadre du projet Libros.
La quatrième et dernière étape était de retourner à mon bureau et d’effectuer une traduction de la page de titre.

Conclusion

Cette collection, bien que d’accès un peu plus difficile que les autres livres du fonds H.I.A., présente plusieurs intérêts. Tout d’abord, elle offre une vision assez globale de la situation de la langue latine en tant que lingua franca dans le domaine de la médecine en Europe, surtout aux XVIIe et au XVIIe siècles. Si l’on considère que ce fonds constitue les ouvrages les plus répandus et facilement accessibles, on possède un échantillon représentatif des ouvrages de référence pour les médecins de l’époque mais également un aperçu de qui étaient les auteurs de ces références. Or, il s’agit à l’évidence d’un cercle assez restreint et tout à fait européen, généralement éduqué à l’Université de Padoue malgré les nationalités variées. Quelques centres de la connaissance affleurent donc : Montpellier, Leyde, Heidelberg, Leipzig, et particulièrement Padoue. Cependant, les centres d’édition principaux sont Lyon, Strasbourg, Cologne, Genève et Amsterdam. Cette disparité entre lieu d’apprentissage et lieu de publication indique au moins la souplesse géographique des savants classiques, qui semblent s’être beaucoup déplacés.

Merci au Service Historique de la Défense pour cette opportunité précieuse, qui m’a permis de découvrir les métiers de bibliothécaire, archiviste et conservateur du patrimoine, tout en pratiquant le latin de manière intensive.

Published  11 December 2019
Updated  6 January 2020


Contributor
  • Fay Slakey
    Fière représentante de la branche médiévale (actuellement en dorveille), j’affronte le Mont Cymraeg avec force et honneur. Montjoie ! Saint-Denis ! (...)