Fàilte chun na Gàidhlig! À la découverte du gaélique écossais

Dans cet article j’aimerais vous présenter la langue celtique parlée en Écosse. Peut-être moins connu que le gaélique irlandais mais tout aussi charmant et riche, je vous présente le gaélique écossais ou Gàidhlig !
Fàilte chun na Gàidhlig [1] !

Une petite histoire de la langue

Les langues celtiques sont des langues anciennes, dont les ancêtres étaient présents avant l’anglais et le français. Laissez-moi vous narrer un peu d’histoire : on sait que jusqu’au huitième siècle, un peuple appelé les Pictes régnait en Écosse, auquel on attribue une langue, comme à tout peuple. Cette langue, qu’on appelle le picte, a été progressivement supplantée par celles des peuples qui ont peu à peu pris une place importante en Écosse, comme les moines irlandais, qui ont construit des monastères, d’abord sur les frontières puis de plus en plus vers l’intérieur. Ces moines irlandais parlaient, au quotidien, le vieil irlandais. Leur langue s’est donc répandue en Écosse.
Faisons maintenant un petit saut dans le temps, vers le onzième siècle, où le déclin du gaélique écossais a été notamment causé par l’influence du normand ainsi que de la culture anglo-saxonne. Au début du dix-septième siècle, James VI force les héritiers des chefs de clans avec ses Statuts d’Iona à être éduqués dans un environnement protestant et surtout anglophone, alors que le gaélique écossais était associé au catholicisme. Lors de cette époque qui rejetait fermement le catholicisme, cela a accéléré le déclin de la langue. Comme en Irlande, le gaélique d’Écosse a été progressivement poussé vers le nord et vers l’ouest, notamment dans les îles, comme l’île de Skye et les Hébrides intérieures et d’autres. Ces îles sont d’ailleurs de nos jours encore des zones assez gaélophones, comparées au reste du pays. On estime qu’il y a environ 57000 locuteurs du gaélique écossais selon le sondage du gouvernement écossais de 2011. Cependant, comme le breton par exemple, une partie non négligeable (23000 pour le gaélique écossais) ne saurait ni le lire ni l’écrire. Depuis les années 2000 et surtout depuis la Dévolution, une renaissance institutionnelle du gaélique écossais a eu lieu, avec notamment la création du Bord na Gàidhlig en 2005, qui est l’institut de la langue gaélique écossaise, et la mise en place de plans pour sauvegarder la langue et stimuler son utilisation.

Quelques caractéristiques du gaélique écossais

Le gaélique d’Écosse fait partie de la branche goidélique des langues celtiques (avec l’irlandais et le mannois), l’autre branche étant celle des langues brittoniques (breton, gallois, cornique). Elle fait donc aussi partie des langues Q-Celtic, en opposition avec les langues P-Celtic. Les langues Q-Celtic (mannois, irlandais, gaélique écossais) ont des mots qui commencent par c comme ceann en gaélique écossais, signifiant tête alors que le même mot en breton, qui fait partie des langues P-Celtic, se dit penn.
Malgré leur ressemblance, le gaélique d’Écosse se distingue de ses sœurs par quelques caractéristiques :
Un son expiré, ressemblant à un h expiré, se trouvant avant une consonne finale, comme dans le mot mac signifiant fils, qui se prononcera [maHk].
En gaélique irlandais on retrouve la síneadh fada, qui est un allongement du son vocalique signalé par un accent aigu. On retrouve le même phénomène en gaélique écossais mais il est signalé par un accent grave.
L’orthographe est relativement différente du gaélique irlandais, on constate plus d’apostrophes comme dans les phrases suivantes : “Ta mé ag rith” et “Tha mi a’ ruith” signifiant toutes deux “Je suis en train de courir” respectivement en gaélique irlandais et en gaélique écossais.

Texte en gaélique écossais
Texte en gaélique écossais
Gaelic Inscription, near to Black Mount, Argyll And Bute, Great Britain. The Gaelic inscription plaque on the memorial to the poet Duncan Ban MacIntyre, born in 1724 at Druim Liaghart and who died in 1812.
Credits Walter Baxtor
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Médias en gaélique écossais : le signe d’une vitalité

Comment stimuler une langue minoritaire et son utilisation, pourrait-on se demander ? Il faut donner l’occasion aux gens de pouvoir rentrer en contact avec celle-ci. Pour ce faire, la création de médias, qu’ils soient audiovisuels ou écrits, est vitale.
Grâce à la stimulation de la langue par les différents plans de sauvegarde de la langue ainsi que des volontés de la communauté gaélophone, on dénombre aujourd’hui quelques médias actifs comme BBC Alba, une chaîne de télévision lancée en 2008, qui propose également d’enseigner, dans leur émission SpeakGaelic, le gaélique écossais. Animée par Joy Dunlop, chanteuse, danseuse et actrice proéminente de la sauvegarde de la langue écossaise, cela incite plus facilement les gens à apprendre la langue car cela montre qu’il est possible de l’apprendre sans étudier que des grammaires et des dictionnaires. Il y a aussi Dàna, un magazine en ligne, dont les auteurs sont bénévoles, qui publie des articles entièrement en gaélique. Cela peut attirer non seulement un public plus jeune mais aussi aider un public plus âgé qui a du mal à lire le gaélique écossais s’ils n’a pas été éduqué en gaélique.

Joy Dunlop, une artiste majeure de la communauté gaélophone

Joy Dunlop
Joy Dunlop
Musician and broadcaster Joy Dunlop
Credits Aoibhneas
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Venant du village de Connel, dans la région d’Argyll, Joy Dunlop est une chanteuse, danseuse, journaliste et professeure de gaélique écossais, ainsi que de danse traditionnelle écossaise. Animatrice de l’émission SpeakGaelic pour BBC Alba, elle est reconnue comme une actrice importante de la communauté gaélophone écossaise. Elle a fait des tournées en Europe, en Amérique du Nord et en Océanie. Elle s’inscrit dans le genre celtic folk mais dans un style contemporain, et a collaboré, notamment avec Twelfth Day en 2008 pour l’album Fiere qui contient des chansons en anglais et en gaélique écossais. En 2020, elle sort un album en duo avec son frère Andrew Dunlop, appelé Dithis/Duo. Vous trouverez avec cet article un lien vers l’une de ses prestations.

Terminons cet article avec une conclusion

Malgré une volonté forte de la communauté gaélophone de stimuler leur langue, et de pérenniser son utilisation, comme avec toute langue minoritaire, on ne peut garantir l’avenir du gaélique écossais. Dans un monde aussi mondialisé où la communication doit être simplifiée au maximum afin de ne pas gêner le commerce et les échanges, les langues minoritaires ne sont pas vues comme un avantage, mais plutôt comme un signe de séparatisme. Seule une remise en valeur de la culture au-delà du profit et de la recherche de richesses pourrait faciliter l’existence de ces langues.

Notes

[1traduction

Published 21 May 2022 by
  • Yohann.A
    Étudiant.e en langues et cultures celtiques, j’ai d’abord fait une première année de LLCER Allemand puis deux ans de LEA Anglais-Allemand-Italien. Je (...)